Les informaticiens sont des martiens
Il y a actuellement une tendance actuelle à considérer que le fait d’être informaticien rendrait incapable de concevoir un logicel (ou un site Internet) compréhensible par un être humain “normal”. D’où le sophisme suivant : “n’être pas informaticien est une garantie absolue qu’on est capable de concevoir un système simple d’utilisation”.
Commentaire lu à propos d’un ouvrage sur la lisibilité des contenus Internent : “Jusqu’à présent les seuls ouvrages ou sites traitant de la présentation disponibles en français étaient conçus par des informaticiens. Pas ou peu de recul critique donc, concernant l’ergonomie de la mise en page.” en fait cet ouvrage traite spécifiquement de la lisibilité (ce qui est différent de l’utilisabilité et de l’ergonomie) mais j’ai vu, lu, entendu ce genre de remarque à de multiples reprises au sujet de l’ergonomie (”usability” selon le terme en vogue).
Le seul problème dans ce raisonnement c’est que si on prend le cas d’un des expert reconnus dans le domaine de l’utilisabilité, Jakob Nielsen (au hasard), et qu’on lit son CV ; on s’aperçoit qu’il est titulaire d’un “Ph.D. in human-computer interaction from the Technical University of Denmark in Copenhagen”. Pour les as du marketing “Ph.D. in human-computer interaction from the Technical University of …” ne se traduit pas en français par “BTS action commerciale à Issouilly les Crémones”. Jakob Nielsen est bien un informaticien spécialisé en interraction homme-machine. Donc si les informaticiens n’ont “pas de recul” en matière d’ergonomie, les experts reconnus en ergonomie du logiciel sont bien des informaticiens.
Je ne me prétends pas du tout expert en ergonomie mais le sujet m’intéresse. Je me contente d’essayer d’appliquer les conseils de gens qui passent leur temps à étudier le sujet. Ce domaine relève de la démarche expérimentale.
- On fait tester des sites pas un grand nombre d’utilisateurs (on leur demande de trouver une information sur le site, de passer commande, de s’inscrire pour participer à un évènement, etc.),
- on collecte les résultats (ils arrivent à faire ça, pas ça)
- on synthétise de manière à déterminer ce qui a tendance (à de multiples reprises) à poser problème ou au contraire ce qui est simple à faire pour tout le monde
- on écrit des “conseils d’utilisabilité” basé sur ces observations
L’erreur(?) de raisonnement est de penser qu’il y a équivalence entre “rendre un système utilisable” et “faire concevoir un système par l’utilisateur”. Bien évidemment l’arbitrage final revient aux tests utilisateurs qui montrent si le système est “utilisable”. Avant (et après) cela, la conception relève de : la théorie (la conception d’interfaces homme / machine est un domaine d’étude spécique) et de l’expérience (le résultat des tests utilisateur).
Si ma boulangère est sans doute parfaitement capable de jouer le rôle de “cobaye” dans un test de site Internet, je doute fort qu’elle soit capable de mettre en place la méthode et d’interpréter les résultats. Le jour où ou pourra confier totalement la conception d’une interface logicielle à ma boulangère, les vaches se trairont elles mêmes.
